Témoignage de Monsieur Roger Leroyer



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Roger Leroyer est né le 23 octobre 1922, à Paris. Il a suivi une instruction religieuse de son enfance, jusqu'au 10 juillet 1942, chez les Oratoriens en classe de philosophie et de mathématiques. Il part ensuite dans une activité de service civique dans le Cher en zone agricole où les bras manquent, et devient responsable administratif d'une cinquantaine de jeunes. Il suit la filière des écoles de cadres jusqu'au 15 août 1943, et est envoyé le 7 septembre en Allemagne en raison du STO (Service du Travail Obligatoire).

Dans ce contexte, on lui demande de s'occuper d'un camp de jeunes français à Wienerneustadt (Autriche) avec les chantiers de jeunesse. Un dilemme se pose à lui, mais ces jeunes que la propagande nazie tente d'empoisonner et de rallier, ne peuvent pas rester sans un encadrement intellectuel qui est justement à l'opposé du nazisme et celui prôné par l'idéologie vichyste. Il y a là un combat à mener et une résistance à leur opposer. Dans la vie quotidienne de ces jeunes, il est question de faire au maximum le tampon entre eux et les organisations allemandes, de les préserver de toutes les atteintes de la propagande nazie, de les protéger aussi contre eux-mêmes, de poursuivre envers et contre tout la transmission des valeurs d'un monde libre et juste, et, pour d'évidentes raisons, de faire en sorte que continue de régner l'esprit français en ces lieux. A cette fin, le drapeau français est notamment hissé tous les jours, et tout un travail de sape quotidien est mené.

Le 31 juillet, la mission des chantiers de jeunesse en Allemagne rappelle Roger, et l'envoie encadrer un autre camp de jeunes français à Düsseldorf, où il arrive le 12 août. Dans le prolongement des diverses activités d'opposition au nazisme qu'il avait eues dans le camp précédent, il enlève toutes les décorations hitlériennes qui se trouvent là, et les remplace par le drapeau tricolore. Dénoncé, il est arrêté le 15 août par la Gestapo. Il est mis en cellule durant un mois dans la prison de Rattingen (banlieue de Düsseldorf), où il subit interrogatoire sur interrogatoire.

Le 15 septembre, il est conduit dans un camp de transition, et est déporté le 16 septembre 1944 à Sachsenhausen, qui est le premier anneau de la déshumanisation pour lui. Il est, en effet, ensuite transféré le 15 octobre au kommando de Langenstein qui dépend du camp de Buchenwald, où il faut aller jusqu'à l'extrémité de soi pour ne pas connaître le pire, mais où, à la fin, on arrive à souhaiter ce pire.

Les Américains découvrent le kommando de Langenstein, le 13 avril 1945. Roger est transporté à l'hôpital d'Halberstadt, le 18 avril, et ne rentre en France que le 8 mai. Celle qu'il aime n'est plus libre, et l'espoir qui l'avait fait tenir tout au long de sa déportation se brise.

Roger Leroyer se marie civilement en 1950. Il a deux fils, une fille et sept petits-enfants. Après différentes activités, il devient inspecteur d'assurances et prend sa retraite en 1987.

Roger témoigne dans les établissements scolaires de la Gironde, au Centre Jean Moulin, ainsi qu'à l'étranger et, notamment, en Allemagne.