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La ligne de démarcation en Gironde, Philippe Souleau.
Bordeaux, 1940-1944, René Terrisse.
Histoire des unités combattantes de la Résistance, général de La Barre de Nanteuil.
Fonds Calmette 62J1
| Grand-Pierre | Tableau nominatif | Historique |
Historique détaillé
Forces Françaises de l'Intérieur
18ème région
IV
ème
République
Secteur de la Réole
Place de Gironde
Combat de Saint-Martin-de-Sescas à la date du 05/05/1944
Il nous a été signalé un dépôt de 31.000 litres de carburant destiné aux Allemands et entreposés à la distillerie de Saint-Martin-de-Sescas. Nous sommes venus le soir même avec un détachement composé de 7 hommes montés sur une traction avant.
Nous avons vidé les citernes contenant ensemble 25.000 litres et emporté 6.000 litres pour nos besoins.
Ce carburant a été chargé sur notre camion qui, averti par une liaison, nous avait rejoint.
La traction, au retour de Saint-Martin-de-Sescas, double une 11 légère portant des numéros d'immatriculation allemande et se met en travers de la route, vérifiant les papiers d'identité des passagers qui n'étaient autres que le directeur allemand de la base sous-marine de Bordeaux, son adjoint et une interprète ainsi que le chauffeur, requis civil, ancien combattant de 1914. Nous avons relâché immédiatement le chauffeur.
Quant aux deux Allemands, nous les avons dépouillé de leurs effets, papiers et argent soit environ 66.000 francs et même leurs souliers et les avons relâché une demi heure après par crainte des représailles sur la population civile de Gironde.
La femme que, d'ailleurs, nous n'avons conservé prisonnière que 8 jours, nous a fourni, par la suite, des renseignements transmis par nous à l'adjudant de gendarmerie de Monségur, Monsieur Mompex.
le lieutenant Pierre Vincent
Commandant la compagnie
Corps-francs Libération
Rapport du lieutenant Vincent dit
"Grand-Pierre"
commandant la 42ème compagnie
Nord-Lot de C.F.L.
Au sujet du parachutage et de la
bagarre du 11 juillet 1944
Samedi 8 juillet 1944
Le commandant "Jean-Marie" nous fait parvenir les messages vers quatre heures de l'après-midi, par l'agent de liaison "Olive".
Les textes sont:
1°) "L'écharpe du
maire est sale", lettre "L" de Londres.
2°) "Le tapeur fait
peur
Terrain "W 23"
Signaux: formation
quadrangulaire, trois feux fixes blancs, une lampe Scott.
Je réunis mes lieutenants
et nous prenons les décisions suivantes:
1°) Lafourcade restera au
poste d'écoute aux heures d'émission,
2°) Clavé fera mettre en
état le matériel nécessaire,
3°) les hommes ne seront
naturellement pas mis au courant.
Dimanche 9 juillet
Dès le lever les hommes se mettent au travail, très étonnés de la suppression du repos dominical.
Clavé leur dit que nous préparons une attaque. Enthousiasme général.
Cet après-midi, deux chefs de la Résistance de Bordeaux sont venus nous rendre visite. Partis à cinq heures.
Rien de plus à signaler.
Lundi 10 juillet
Les hommes continuent de s'entraîner sous la direction de Clavé.
L'agent de liaison "Olive", arrivé à midi, très optimiste (comme toujours).
Depuis ce matin, le docteur Rousset vaccine mes hommes, cinq cas de croup, ordonne le repos général pour l'après-midi.
A 21 h 30 Lafourcade fait irruption dans la pièce où nous mangeons. "L'écharpe du maire" est passée deux fois.
A 21 h 45, arrivée de "Jean-Marie" lui-même et d'un détachement de quelques hommes. Première discussion avec "Jean-Marie" qui veut parachuter à Saint-Léger, nous estimons que c'est trop près de la ligne de démarcation (5 kms). Enfin, c'est un ordre. Nous partons. Je prends 35 hommes.
Arrivée sur le terrain 23 h, nous disposons les signaux, les équipes... attente !
Sur le terrain:
Minuit et demi:
Nous entendons les avions tourner sur le W 23 de Cazaugitat quelques
instants après, le bruit se rapprochant, je fais braquer les projecteurs dans
sa direction. Le pilote aperçut les signaux. L'appareil fait son tour
réglementaire, puis largue sa cargaison 500 m avant le signal en Scott.
Le deuxième avion met plus de temps à parachuter et nous lâche tout sur la tête. Les équipes partent. Cinq hommes au pliage des parachutes, les autres ramassent les containers et les portent à la ferme de Bry.
Une heure et demi:
Le matériel est rassemblé en partie devant la maison, il reste juste quelques tubes dans le bois épars.
Nous comptons une trentaine de containers et plusieurs valises.
"Jean-Marie" me dit que c'est pour le grand patron et ses agents.
"Jean-Marie" décide d'enlever le matériel de suite. Naturellement,
les camions de Marmande ne sont pas là. Je pars avec avec "Olive" à
Pujols chercher le 10 tonnes.
Deux heures:
A Pujols, le camion est chargé de graves inutilisables (trop peu de temps pour le décharger). Nous allons réquisitionner un petit camion dans la commune de Ruch. Au retour, je m'arrête au camp, tout va bien, les sentinelles veillent. Arrivons sur le terrain.
Trois heures:
Lafourcade me prévient aussitôt d'un accident. Une patrouille qui patrouillait, depuis un quart d'heure, sur la route, a été mitraillée par une de nos sentinelles qui a reconnu un véhicule de la Wermacht. Les boches sont entrés dans un poteau indicateur mais on réussit à se dégager. Il y a du sang sur la route.
Je fais activer aussitôt le chargement et envoie des patrouilles. Lafourcade part avec un petit groupe le long de la lisière sud. "Jean-Marie" est parti au camp en me laissant la direction des opérations des bois.
Trois heures
trente:
La sentinelle nord (le long de la route Castelmoron-Sauveterre) donne l'alarme, des Allemands progressent lentement dans les fossés. J'expédie une couverture au nord (3 F.M. 10 hommes) leur ordonnant de tenir le plus possible. Fais partir deux voitures légères chargées, le feu est ouvert au nord et prend rapidement de l'ampleur sur les ailes gauches et droites.
Lafourcade tire à son tour au sud. Nous sommes encerclés.
Je suis repéré, essuie feu de mitrailleuse lourde. Nous ripostons mais l'ennemi est trop loin. Feu inefficace. Il faut sauver les valises des chefs. "Olive" et Clavé sont avec moi. Je donne le signal du retrait. Le nord et les ailes nous rejoignent. Lafourcade nous appelle. Il a réussi à se rendre maître du secteur sud mais les boches avancent. Il faut faire vite. C'est une véritable pluie de balles traçantes. Lafourcade, à cours de munitions, est fait prisonnier avec trois de ses hommes. Clavé, deux hommes et moi, sont blessés. Ma mutilation aussi me gêne, traînons les éclopés, nous réussissons quand même à percer, dès la lisière les boches abandonnent la poursuite. Regroupés, nous avons perdu 4 hommes.