|
Biographie. Résistants honorés. |
| Batany Raoul |
|
Plan de Site. |
Jeunesse dans la Résistance. |
|
Cahier de la Résistance n°15 Histoire de la Milice, Delperrié de Bayac. Histoire de la Résistance, Tome X, Henri Noguères. Bordeaux sous l'occupation, Pierre Bécamps. Trois filles et vingt garçons, Michel Slitinsky Le front du Médoc, Paul Mémain Torquatis, Etienne Llauro |
Contestation du docteur Jacques Marissal. Courrier du 25 janvier 2005 |
Raoul Batany est né le 26 janvier 1926, à Clamart.
Il fréquente, à Bordeaux, l'école de la rue David-Jonhston, qui va devenir un foyer de la Résistance à laquelle il va participer
dès l'âge de 16 ans.
Durant plusieurs mois, il va s'attacher à favoriser et à protéger la passage de nos compatriotes désirant rejoindre les Forces Françaises
Libres. Blessé au cors d'une action, puis traqué par la Gestapo, il est obligé de gagner la région Languedoc-Roussillon, où il va
assurer la tâche dangereuse d'agent de liaison. Il se retrouve chargé de responsabilités au sein du mouvement "Combat", et devient
secrétaire général des Mouvements Unis de la Résistance (M.U.R). Chef d'un groupe franc, grièvement blessé au cours d'un accrochage,
il est arrêté par trahison le 16 juin 1944, torturé par le dénommé Tortora et le commissaire Tisseyre au siège de la délégation des
Renseignements généraux a été emmené par la Milice à la caserne Lauwe à Montpellier.
Le livre "Torcatis", d'Etienne Llauro, nous apporte d'autres précisions. Il nous apprend, ainsi, qu'en août 1944, à Montpellier,
l'ennemi infiltré ayant fourni un faux renseignement à Batany, ce dernier abattit le docteur Marissal en lieu et place d'un chef
important de la milice. Cette affreuse erreur sur la personne fut officiellement reconnue par la Résistance, après la Libération. Il
y a tout lieu de croire que les mêmes personnes qui orientèrent Batany sur un innocent, furent de la même manière, à l'origine de
son arrestation par la milice et de son martyre à la caserne de Lawe.
L'après-midi du dix-sept août, trois miliciens, Cordier, Vinas et Jacques Marissal, tiennent à venger la mort de l'un des leurs abattus
par les maquisards. Ils décident de tuer leur prisonnier. N'obtenant pas la clef de la cellule, ils l'enfoncent à coups de pioche.
Batany attend en chantonnant Tristesse de Chopin. La porte s'ouvre; Cordier annonce au prisonnier que c'est la fin. Batany
refuse la cigarette proposée. Cordier lui tire une balle de 6,35 au milieu du front. Batany s'effondre. Vinas tire une balle dans
la tête du blessé, puis deux francs-gardes chargent le moribond sur une civière et le portent dans la cave à charbon où deux détenus
achèvent de creuser une fosse dans laquelle Batany est jeté. Il bouge encore. Vinas refuse de donner le coup de grâce estimant que
sa vengeance n'est pas complète. Alors, on couvre rapidement de terre la tête de Batany "pour écourter son agonie". L'homme n'est
pas mort; enterré vivant il agite encore ses jambes quittant son soulier droit qui sera retrouvé lors du transport de justice, le
19 août.
Il avait dix-huit ans.
Malgré son jeune âge, l'action menée par Raoul Batany à David-Johnston a été marquante et s'est ressentie même après son départ.
On peut affirmer qu'il a su préparer le réveil patriotique de ses camarades de l'année 1941, la plus noire de l'occupation pour les
collégiens des villes occupées, comme ceux de notre école qui avaient beaucoup de raisons de désespérer.
En effet, en reprenant leurs études en ce mois d'octobre 1941, les élèves constatent que les instructions administratives de Vichy
sont rigoureusement respectées. Le lundi 13 octobre, dans le but de faire écouter le discours radiodiffusé du maréchal qui fera
l'objet d'une composition française et d'une dissertation, tous les élèves sont réunis dans l'amphithéâtre, sauf ceux des classes
qui disposent déjà d'un poste de radio.
Dès le lendemain, tous les cahiers de cours doivent consacrer une page à la copie du discours sous la forme "le 13 octobre 1941, le
maréchal nous a dit...".
Cependant, tous les cahiers ne seront pas affublés de ce texte et la place réservée restera vierge dans certains, ce qui laisse
supposer aujourd'hui que dans la liste des quarante millions de pétainistes de 1941, manquait des instituteurs et des professeurs.
Cahier de musique ou cours de chant sont évidemment obligatoirement largement consacrés à "Maréchal nous voilà!"
Quant au nombre de thèmes imposés pour les cours de dessin c'est vraiment du délire.
Vers le 22 octobre, suite à l'exécution de l'intendant Reimers sur les boulevards, Bordeaux connaît le couvre feu à 19 heures, l'arrestation
de 100 otages, une amende de 10 millions de francs et pour le 24 octobre la décision d'exécution de 50 otages.
Beaucoup d'élèves se rappellent cette importante manifestation de protestation et d'hommage aux fusillés de Souge, à laquelle ils
ont participé ce 24 octobre 1941 dans l'enceinte de l'école, sans savoir qu'ils doivent ce moment d'intense émotion et de fierté
retrouvée à Raoul Batany.
Ce 24 octobre, à la rentrée du matin, j'avais été abordé au pied du perron, par un élève de la classe de Batany qui m'expliquait
sur le ton de la confidence qu'avec ses camarades il essayait de mettre sur pied une manifestation pour 11 heures, au moment où les
50 martyrs du camp de Souge, tomberaient sous les balles allemandes.
Il me demandait, si je pouvais consulter individuellement et discrètement mes camarades de classe pour organiser à la même heure une
manifestation identique du C.C.2 en évitant, à tout prix, de mettre dans la confidence quatre élèves suspects dont il me donnait les
caractéristiques.
Il s'agissait de deux nouveaux, plus âgés que nous. L'un ayant été vu en uniforme des "loups de Doriot", l'autre un admirateur de
l'armée d'occupation, qui devait d'ailleurs s'engager plus tard dans la L.V.F.
Les deux autres à ne pas consulter, représentaient un élève vu en tenue bleue des jeunes de la légion d'Aquitaine (jeunes du maréchal)
et un autre qui avait la malchance d'avoir des parents propriétaires ou gérants d'un hôtel de grand luxe qui hébergeait des officiers
de l'armée d'occupation.
A la fin de la récréation de 10h30 tout le dispositif était prêt dans les 6 classes du cours complémentaires.
A 11heures précises, environ 150 gamins de 13 à 16 ans se lèveront en même temps. Après le grand bruit provoqué par 300 talons
s'appuyant sur les vieux planchers, c'est le grand silence de tous les élèves qui se recueillent longuement au garde à vous devant
des professeurs stupéfaits et les non informés ahuris.
La manifestation est évidemment suivie de quelques réactions. Les meneurs, qui, paraît-il, sont connus, sont énergiquement blâmés
collectivement mais, en réalité, aucune sanction ne sera prise. Par contre, dès le mardi 28 octobre, le sujet de composition française
donné aux élèves est le suivant:
- Quelles sont les remarques personnelles que vous avez faites sur l'allocution du Maréchal aux écoliers de France le 13 octobre 1941.
Et, pour d'autres classes:
- Notez les idées essentielles exprimées dans l"appel du Maréchal.
Encore beaucoup de soucis pour les parents d'octobre 1941, qui, heureusement, ne peuvent pas savoir que Bordeaux restera encore
sous la botte allemande pendant 1.040 jours et, pour ces jeunes écoliers qui devront attendre trois étés de plus pour lutter au grand
jour contre l'occupant.
Mais, qu'importe, nous avons retrouvé des raisons d'espérer. Les fusillés de ce 24 octobre 1941 na sont pas morts pour rien grâce
à la foi de Raoul Batany.