Biographie.
Résistants honorés.


Batany Raoul

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Jeunesse dans
la Résistance.
Ce qu'était
la Milice.

Un oublié de marque
Exécuté par la Milice

L’arrivée des beaux jours nous conduit, chaque année, a commémorer les dates qui marquèrent la Libération, dates locales ou nationales. L’année 1944 fut particulièrement endeuillée, comme chacun le sait, par des combats, de la répression, des exactions, des excès en tout genre dans lesquels plongeait l’occupant en déroute, souvent accompagné par la milice et autres forces répressives de Vichy.

Les lieux de recueillement sont nombreux en Gironde. Ils jalonnent, dans la douleur, la marche vers cette liberté que l’Allemagne nazie avait souhaité occulter. Il est de la responsabilité des associations d’anciens combattants de veiller à ce que le voile de l’oubli ne s’abatte point sur la mémoire des femmes et des hommes qui osèrent aller au bout de leurs convictions, ou qui, innocentes victimes, essuyèrent la brutalité aveugle de la répression.

Ces pèlerinages nous les connaissons. Chaque année nous les renouvelons en voyant, malheureusement, notre groupe de fidèles vieillir et s’étioler. Un simple dépôt de fleurs, quelques drapeaux, une « Marseillaise » peuvent toutefois rafraîchir les mémoires ou éduquer les jeunes générations.

Nous avons en esprit le récit de chacun de ces drames alimenté par les témoignages, la presse, les reportages, les livres, les travaux universitaires, les films, les photos, les sites sur le Web, les monuments, les citations militaires ou les décorations attribuées. Tous n’ont pas provoqué un identique flot d’informations ; certains ont laissé un nom, tout simplement. Sont-ils, pour autant, sacrifiés dans nos mémoires ?

Rien n’est moins sûr.

Au cours de nos pèlerinages annuels, il nous est demandé une pensée particulière à la libération de Caudéran. A l’origine de ce périple, il était prévu de nous recueillir en trois lieux distincts et bien spécifiques :
                        1°) la stèle consacrée à Raoul Batany, mort pour la France
                        2°) celle, avenue d’Eysines, célébrant conjointement :
                             Robert Chaussat, Marc Goudal et Maurice Ordonneau
                                                Morts pour la France
                        3°) au monument aux morts de Caudéran, avec la ranimation de la flamme.

Depuis deux ans, je crois, nous délaissons le premier de ces monuments et ignorons, sans explication aucune, la mémoire de Raoul Batany. Que s’est-il passé ? Nul n’en parle et nous sommes profondément gênés par le silence qui l’entoure et tend à l’ensevelir dans l’anonymat pour toujours.

Et pourtant, le certificat n°574/POST établi par la commission F.F.I., subdivision de Montpellier, attestait que Raoul Batany avait accompli les services militaires F.F.I. du 01/01/1943 au 17/08/1944, date de son exécution. Agent de liaison, membre du mouvement « Combat » il participa à des opérations de parachutage ainsi qu’à des évasions.

Se produit alors l’action qui, des années plus tard, conduira Raoul Batany vers l’oubli. Etienne Llauro, dans son livre consacré à « Torcatis Bouloc », grande figure de la Résistance, rappelle que Batany, agent de liaison à Montpellier, avait été admis dans le groupe « Raoul » Malaval. C’est alors que, en août 1944, trompé par un faux renseignement, Raoul Batany, en mission commandée, abattait le docteur Marissal en lieu et place d’un chef important de la milice. Cette erreur, imputable à la hiérarchie, fut reconnue par la Résistance, après la Libération.

Raoul Batany était exécuté, par la Milice, à la caserne de Lauwe. Pour lui, tout était terminé

L’avalanche d’honneurs qui allait bientôt submerger son image ne pouvait donc être de son fait. Un récit bouleversant de sa tragique fin faisait de lui un symbole du martyr. Ce récit, aujourd’hui remis en cause nous dit -on, était repris dans des études, des articles. Le nom de Raoul Batany était connu du général de Gaulle et Jean Guignebert, le journaliste de Radio-Londres, prononçait une émouvante allocution, le 22 mai 1945, au retour de la dépouille de Raoul Batany en sa terre girondine. La ville de Clamart, ville de sa naissance, baptisait une rue à son nom ; Caudéran, dans la banlieue bordelaise, dédiait son nom à un stade, auprès duquel était érigé un monument à la mémoire du jeune résistant ; l’Ecole Nationale Professionnelle de Tarbes présentait sa promotion 1991 sous le nom de Batany, ancien élève de cet établissement.

Par ailleurs, les distinctions suivantes lui étaient accordées :
                        Médaille d’or de l’Académie Dévouement national, le 23 juillet 1945
                        Citation à l’ordre de la division, le 29 août 1945
                        Chevalier de la Légion d’Honneur, le 25 avril 1946, avec
                        Croix de guerre avec palmes
                        Médaille de la Résistance, le 8 novembre 1946
                        Carte de volontaire de la Résistance, le 7 octobre 1952

Aujourd’hui, comme une idole tombée de son piédestal, Raoul Batany ne semble plus fréquentable. Sans commentaire, sans explication… Il est impossible de retrouver sur les étagères officielles les dossiers « Batany » que, pourtant, nous connaissions tous. Une certaine ambiguïté plane sur son ombre.

D’où vient ce désamour ? Quelles en sont les raisons ? Batany fut bel et bien reconnu résistant de janvier 1943 jusqu’à août 1944 ; beaucoup, aujourd’hui honorés, ne peuvent en dire autant. Est-il inconvenant d’avancer que Raoul Batany fut apparemment trahis par les siens, par ses chefs qui l’ont conduit à exécuter un innocent et lui laissent supporter aujourd’hui l’entière responsabilité de son acte mais aussi par ses proches qui, ne craignant pas de le revêtir d’un habit trop grand pour lui, pour des raisons que nous aimerions connaître, n’ont fait que ruiner le respect que nous lui devions ; avons-nous le droit de l’oublier ? Sera-t-il possible de connaître un jour la vérité.

Jacques Loiseau